Les rencontres sont comme des éclats de lumière Combien comprennent ce que renferme mon cœur
Les rencontres sont comme des éclats de lumière. Combien comprennent ce que renferme mon cœur ?
Vincent est décédé en décembre 2021. Après les deux doses du vaccin dont il avait bénéficié, il se sentait fatigué. Le 23 décembre 2021, il informa, sur sa page Facebook, qu’il avait eu le covid. En dépit des doses qu’il avait reçues, il avait dû se confiner dans son appartement et avait lancé ces mots : « A l’année prochaine, si je ne suis pas mort d’ici là. »
Ce ne fut que le premier janvier que des amis m’informèrent de son départ. Je n’arrivai d’abord pas à y croire. Je téléphonai donc à ses parents. Son père reconnut ma voix, mais, débordé par l’émotion qui le tétanisait, il fut incapable de parler. Ce fut finalement sa sœur Nathalie qui me raconta ce qui s’était passé…... Lorsque j’appris ce qui était arrivé, je pleurai beaucoup et eus toutes les peines du monde à y croire.
Après la crémation, les cendres de Vincent furent ramenées chez ses parents. Sa sœur Nathalie m’apprit le 5 mars qu’il serait enterré dans leur village, et qu’un curé organiserait la cérémonie suivant le protocole catholique. Je confiai à Nathalie que j’y serais présent. J’avais décidé de prendre ma voiture et avais suggéré que je pouvais prendre avec moi des amis de Vincent qui souhaiteraient également être présents à ses funérailles. Christophe, un homme fort aimable, me contacta alors et me dit qu’il avait partagé son enfance avec Vincent et qu’ils avaient tous deux grandi ensemble, dans un château. Je ne connaissais pas Christophe, mais j’avais déjà rencontré sa sœur. Pourtant, dès ma première rencontre avec lui, nous nous trouvâmes de nombreuses affinités. Nous partîmes ensemble, chez les parents de Christophe.
A notre arrivée, je pus profiter de leur hospitalité. Le soir même, nous reçûmes un appel de la mère de Vincent, qui nous demandait de préparer un discours à l’occasion de l’enterrement.
Le lendemain, lorsque nous arrivâmes au cimetière, la mère de Vincent me demanda de prendre la parole après que le prêtre eut terminé de tenir son propos. Puisqu’elle savait que j’étais très bavard et que je pouvais converser durant des temps infinis, elle limita mon intervention à cinq minutes seulement.
I. Mon frère, mon ami, nous nous reverrons bientôt
Je commençai donc mon discours après que le prêtre eut achevé le sien.
« Vincent, je ne peux pas croire que tu nous aies si vite quitté. Je voudrais te dire merci. Tu es l’un des tout premiers amis que j’ai eus en France. Tu étais un camarade de classe et mon ex-colocataire. Grâce à toi j’ai eu la chance de connaître ta famille et de découvrir la culture et les traditions françaises. Tu étais plus qu’un copain : tu étais devenu mon frère. Je me souviens : il nous arriva un jour, à bord de ta voiture, de rouler d’Avignon jusqu’au Pyrénées, et de visiter des espaces sauvages souvent noyés dans le brouillard, à l’aube notamment. Il y avait devant nous de magnifiques panoramas, mais une file impressionnante de voitures derrière ! [tout le monde ici rit beaucoup]
Lorsque j’eus achevé mes études d’ingénieur, je partis aux Etats-Unis pour y effectuer mon stage. Jef et toi aviez alors résilié le bail de l’appartement. Je me rendis ensuite à Orléans pour y poursuivre mes études. Un jour, je décidai de descendre à Avignon afin d’y récupérer des affaires que j’y avais laissées. Il y avait, ce jour-là, une brume épaisse dans la Cité des Papes, et au moment même où je voulus en franchir les remparts, tu m’arrêtas dans ma course.
« Aujourd’hui, même avec le brouillard, avais-tu dit, je sentais que tu allais descendre ici, et tu vois, je ne me suis pas trompé ! Tu ne peux donc pas repartir comme ça : il faut que nous mangions ensemble.
– Tu es pire que les chiens, te répondis-je, amusé : tu as un flair si puissant que tu me sens arriver de très loin ! »
Cette anecdote est la preuve que nous avions tous deux de fortes affinités karmiques.
Comment le bouddhisme voit-il la mort ? Selon le bouddhisme, les êtres sensibles ont généralement huit consciences. Le vrai moi est la huitième conscience, ou tathagatagarbha. Chaque être en possède une qui lui est propre, mais dans son principe, elle est la même chez tous les êtres sensibles. C’est pourquoi si, aujourd’hui, je dois de l’argent à Vincent, je devrai le lui rendre lorsque, dans une prochaine vie, je le retrouverai. C’est qu’en effet le vrai moi stocke en lui toutes les graines karmiques que nous produisons et qu’il les manifeste dès que les conditions sont réunies pour cela. La loi du karma n’est possible que grâce à ce vrai moi.
Par ailleurs, les paradis bouddhistes ne sont pas, comme dans le christianisme, des espaces éternels. Ils sont ouverts à ceux qui ont accumulé suffisamment de bons fruits karmiques, mais lorsque ces êtres en ont épuisé l’intégralité, ils continuent leur chemin de vie en se réincarnant dans un corps humain ou dans les voies inférieures : celle des animaux, des enfers ou des fantômes. Les enfers, de même, ne sont point éternels, et lorsque nous avons épuisé les conséquences de nos mauvais karmas, nous en pouvons sortir. »
J’ajoutai ensuite que, du point de vue bouddhiste, il est indéniable que nous nous retrouverons, Vincent, à cause des puissantes affinités karmiques que j’ai avec toi. Nous ne sommes donc pas séparés pour longtemps : ce n’est, vraiment, qu’un au revoir ou à bientôt. »
Après l’enterrement, nous nous rendîmes tous chez les parents de Vincent pour y partager un repas, et à cette occasion, quelques copains s’approchèrent de moi.
II. Nous attendions de toi une belle démonstration de kung-fu, mais tu es allé finalement demander pardon
Lors de repas chez les parents de Vincent, l’un des copains que j’avais retrouvés me parla d’une vieille histoire que nous avions tous vécue mais que j’avais oubliée. Pourtant, il leur suffit de me la raconter pour que tout me revienne en mémoire. Voici cette histoire.
Il y a quelques années, je me souviens qu’une abondante récolte de raisin avait autorisé la mairie d’Avignon à inviter tous les habitants de la ville pour partager un verre de vin des Côtes du Rhône devant le Palais des Papes. Nous qui étions de pauvres étudiants, nous n’hésitâmes pas à profiter de cette aubaine. Ainsi, ce fut la classe tout entière qui se fixa rendez-vous sur le parvis. J’y allai moi-même en compagnie de mes voisines, mais lorsque j’arrivai sur place, je les égarai bien vite dans la foule. Je remarquai ensuite combien quelques-uns de mes camarades étaient avinés : ils essayaient d’escalader un mur du palais.
A dire vrai, le vin étourdit l’esprit, à tel point que certains, après qu’ils ont bu, se figurent capables de toutes sortes de prouesses. Le fait est que l’alcool tend à faire oublier le danger.
Je rencontrai ensuite d’autres camarades de classe qui me proposèrent d’aller manger chez un copain. Nous partîmes ainsi à six dans une voiture exiguë.
L’une de ces six personnes, lorsqu’elle était en état d’ivresse, devenait très agressive. Aussi avait-elle eu l’idée d’ouvrir la fenêtre de la voiture et d’injurier tous les badauds à proximité, les qualifiant de « connards ». Certains passants ainsi insultés ne manquaient pas par ailleurs de lui retourner son injure.
Soudain une voiture nous doubla précipitamment, puis s’arrêta juste devant nous. Des hommes musclés en sortirent et nous demandèrent pourquoi notre ami les avait insultés. Ils ouvrirent la porte, arrachèrent notre ami de la voiture, si bien que d’autres camarades sortirent à leur tour. Une bagarre ainsi s’engagea. Le conducteur de notre véhicule eut vraiment très peur et hurlait mon prénom en me demandant de faire quelque chose. Pour être tout à fait honnête, j’étais moi-même dans un état d’ébriété avancé. J’étais déjà bien en peine de me tenir debout ; il m’aurait été donc très difficile de me disposer au combat ! Je descendis de la voiture et je vis quelqu’un frapper un copain. Je donnai alors une petite tape amicale sur l’épaule de l’individu.
« C’est nous qui sommes en faute, lui expliquai-je alors, et notre camarade n’aurait jamais dû vous insulter. »
Suite à cela, je lui présentai mes excuses. J’ajoutai que, si jamais la colère devait encore l’animer et qu’il n’acceptait pas mes excuses, il pouvait me frapper sans que je le frappe moi-même en retour. J’attendis ensuite de recevoir un coup de l’homme à qui je venais de m’adresser. Les bras ouverts, la poitrine exposée, j’attendis. Mais, au lieu de me frapper, il me serra la main et me confia que sa colère avait disparu.
A partir de là, nous essayâmes tous deux de séparer nos amis respectifs. Je renouvelai alors, une seconde fois, mes excuses auprès de tout le groupe : j’étais prêt à les inviter à boire un nouveau verre afin de dissoudre ce malentendu. Mais ils déclinèrent mon offre et partirent très vite.
Je ne me souviens plus de la manière dont je retournai ensuite chez moi. Le lendemain même, je ne me préoccupais plus de cette affaire qui, à mes yeux, n’avait plus d’importance. Ce n’est pas le cas pourtant de certains de mes camarades qui, lorsque je les ai retrouvés dernièrement, ont reconnu que cette histoire les avait marqués.
Des amis me dirent : « Nous attendions de toi une belle démonstration de kung-fu, mais tu es allé finalement demander pardon ».
Beaucoup de gens s’imaginent qu’il est dommage d’apprendre les techniques d’arts martiaux si ce n’est pas pour les utiliser quand l’occasion se présente. En réalité, la pratique des arts martiaux ne vise pas uniquement au combat : il y a derrière ces arts une très profonde philosophie. Cette pratique permet de trouver le véritable chemin de l’existence et de sortir de cycle des réincarnations.
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Au moment de partir plusieurs personnes m’étreignirent et reconnurent que mon discours avait produit sur eux un effet consolateur.
« Même si Vincent n’est plus là, me dit son père, la porte te restera toujours grande ouverte, ainsi que pour tes enfants et tes amis.
– Qui t’a dit que Vincent n’était plus là ? lui répondis-je. Il est dans ton cœur, il est dans mon cœur. »
Il me sourit et me serra dans ses bras.
Amitofo.
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